Kappacity home
frnlen

stories

emotional intelligence for parents and children



share this story

les aventures de Kwak et Boemel


le moment du coucher est un sport différent chaque jour. L'équipe est variable: si le nombre d'enfants est en général égal à 3, le nombre de parents peut varier en fonction des activités professionnelles ou sociales. Le début de l'échauffement se situe vers 19h, le coup de sifflet final est donné la plupart du temps autour de 20h quand le parent en charge des dernières manoeuvres peut quitter la chambre le torse bombé et le sourire aux lèvres en énonçant "trois - zéro, ça y est".

les mouvements de la chorégraphie sont fixes: pyjama, dents, pipi, livre et dodo pour les deux grands, pyjama, change, tétée ou biberon et dodo pour le bébé. Le processus comprend souvent une phase de négociation avec les grands, sachant que la marge de manoeuvre qui leur est donnée est encadrée avec une bienveillance chronométrée. L'enjeu se situe sur l'ordre des phases (appréciation à peu près libre, à condition de finir par le dodo, cela va de soi mais l'entourloupe a bien entendu été tentée), la composition du pyjama (la cape de magicien n'en fait en principe pas partie, le reste de l'éclair au chocolat du dessert non plus) mais on négociera aussi le nombre de livres et, subsidiairement, le nombre de pages du livre.

tout ça, c'est quand ça va bien et que chacun peut dérouler son jeu avec plus ou moins d'aisance, incluant ou non la simulation de fautes et de blessures. Les moments plus difficiles se passent lorsqu'un joueur de l'équipe des enfants brandit une carte rouge envers un parent, de préférence celui qui est le plus disponible à ce moment-là. Papa se retrouve alors exclu et renvoyé à la case vaisselle juste le soir où maman a un boulot urgent à finir, parce que dans le jeu du pirate c'est absolument la maman qui doit lire les livres ("oui, stepléééé, maman chérie que j'aime si fort, toutes les pages du Larousse des Sciences, c'est mon livre préféré"). Je passe les "je préfère que tu ne dormes pas tout nu en plein hiver - oui, même si tu joues encore au Cro Magnon" répondant à des provocations subtiles.

avec l'expérience, on est rodés quand même. Notre rituel pas si ritualisé que ça se passe dans un calme relatif, et le coucher n'est pas un problème en tant que tel. C'est un vrai soulagement de voir que la chambre est un endroit qu'ils aiment, que le fait qu'ils dorment dans une occupation différente des lits presque chaque soir fait partie de leur rituel à eux et qu'outre une demande de rester dans la chambre jusqu'à ce qu'ils dorment ou un petit câlin de vérification d'absence de monstre, ils s'endorment finalement de manière autonome. C'est notre récompense pour avoir à chaque demande, répondu présents, en restant le plus possible à l'écoute et en ouvrant grand la machine à câlins. Ils ont oublié les quelques fois où on a haussé le ton parce que oui, on avait envie de se le prendre tranquille, se petit verre thé devant le JT de France 2, alors qu'ils tentaient une énième prolongation.

et même des soirs comme aujourd'hui, où un hurlement se fait entendre à 20h45 - "Papaaaaa, ik kan nu echt niiiiii slaaaa-peeee-en" - est accueilli avec zénitude. Premièrement parce que ça m'inspire la story du jour et deuxièmement parce que ce cri venu 45 minutes après le premier constat d'endormissement est suivi du retour sur scène de nos deux plus grands acteurs, venus réclamer de concert un verre de lait (elle datait d'il y a au moins six mois celle-là, bien joué, les kets!) et de la référence culturelle "jullie zijn precies Kwak en Boemel" lancée par l'homme de ma vie aux deux syndicalistes en herbe retournés se coucher après avoir trempé une demi lèvre dans un peu de lait, juste pour valider leur tentative d'évasion.

amis francophones, je ne sais pas comment vous couchez vos enfants, mais si vous pouviez me dire comment s'appellent Kwak et Boemel dans les aventures traduites de Jommeke, je pourrais me permettre de rire en deux langues en me souvenant de cette soirée. J'ai entre-temps appris que Jommeke se traduit par "Gil et Jo" mais que cela n'a pas connu un grand succès de l'autre côté de la taalgrens. Peu importe, la mère de Kwak et Boemel vous salue bien bas et s'en va elle-même commencer un match contre son oreiller!

charline desmecht



looking for something else?

ask your questions

contact