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emotional intelligence for parents and children



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éduquer sans punir, à lire et à faire


être parent est un exercice de remise en question permanent. On n'est a priori pas formés à la tâche, on peut au mieux progresser en cours de route. Ma route de parent à pour direction l'autonomie de mes enfants. Cette route est pleine de bosses, de détours et de culs de sac, alternant avec les plus beaux tronçons. Thomas Gordon est un de mes guides, son livre "Eduquer sans punir" une carte routière fondamentale dans ma panoplie. Parce qu'il y a moyen de vivre l'éducation autrement et que les difficultés en cours de route ne sont pas une raison pour arrêter de rêver et de vivre le changement.

je suis maman depuis un peu plus de quatre ans. Un fils d'un peu plus de 4 ans, un de 2 ans et demi et un troisième qui pointera le bout du nez dans les semaines qui viennent. J'ai lu "Eduquer sans punir" en 2012 pour la première fois, j'ai lu et relu des passages à plusieurs reprises depuis. Mon mari m'a écoutée ressasser ce que j'y ai appris et a lu le livre en partie. Nous avons testé et échoué, recommencé puis réussi. Il ne se passe pas un jour sans que je remette l'ouvrage sur le métier. Car je crois en la philosophie derrière l'enseignement du Professeur Gordon - même quand à huit mois de grossesse mes hormones, ma fatigue et nos peurs et celles des nos enfants de voir notre monde chamboulé par l'arrivée d'un bébé nous amènent un quotidien un peu plus ardu que celui que l'on connaît habituellement.

éduquer mes enfants sans les punir et sans avoir recours aux récompenses est pour moi un véritable mode de vie et même quand je dévie de la méthode, cela reste mon objectif. J'ai compris qu'on peut être ferme et claire sans glisser dans le rapport de force. Que les règles qui ont un sens s'expliquent aux enfants dès le plus jeune âge et qu'on peut travailler pour obtenir leur adhésion à ces règles. J'ai appris à exprimer mes messages en commençant par "je", ce qui change la dynamique de mon côté mais aussi du côté de celui qui reçoit mon message. J'ai surtout appris comment mieux écouter mes enfants, comment les guider vers leurs solutions quand il s'agit de leurs problèmes. Et oui, même à 4 ans et 2 ans et demi ça marche. Ce qui marche aussi? Ne pas interférer lorsqu'ils sont en train de régler un problème qui leur appartient, même si mon expérience me dicte une solution plus rapide ou plus efficace. C'est même reposant pour moi et encourageant pour eux.

alors que nous dit ce livre, "Eduquer sans punir"?

des procédés de psychologie de la communication

je ne suis pas toujours fan des préfaces, mais dans celle de Jacques Lalanne précédant le texte paru aux Editions de l'Homme en 2003 on retrouve un véritable guide pour synthétiser les apports de la méthode du Professeur Thomas Gordon. Suivez-moi:

"Quand on veut favoriser un comportement constructif chez un enfant,on peut:

    • clarifier notre perspective avec la fenêtre d'acceptation
    • améliorer notre compréhension avec l'écoute active
    • nous affirmer plus clairement avec le message 'je'
    • exclure le rapport de force avec la méthode de résolution de conflit sans perdant
    • créer un vrai climat de reconnaissance avec le message d'appréciation.

Ces moyens éprouvés permettent de développer chez les enfants la motivation à réaliser leur potentiel. Les enfants peuvent apprendre à développer leur confiance en soi, leur autonomie, leur responsabilité, leur sentiment d'appartenance et choisir plus librement leurs valeurs.

En utilisant les procédés décrits dans ce livre, vous contribuerez à établir des relations fondées sur le respect mutuel et à développer l'être autant que le savoir."

en ce qui me concerne, j'adhère pleinement à ces objectifs. Quant à la façon de les mettre en oeuvre, je me dis que chaque avancée est progrès et qu'à l'arrivée, j'aurai toujours mon intuition pour fixer les limites qui me semblent utiles et nécessaires.

croire en l'autonomie plutôt qu'en la discipline

la première chose qui m'a frappée dans ce livre, me semble maintenant une évidence flagrante. En résumé: on nous parle de discipline depuis des siècles (petit raccourci, j'admets) et en même temps, on nous ressasse les mêmes problèmes avec les enfants et les jeunes, les mêmes défaillance de la société. On constate tous que l'approche prônée n'amène pas les résultats escomptés. On voit que les enfants punis recommencent leurs "méfaits", que les adolescents sanctionnés récidivent (sans parler du système carcéral à l'âge adulte, ne glissons pas vers ce débat ici). Ce que Thomas Gordon amène, c'est une autre façon de voir la discipline et l'autorité. Car face à ces constats, on peut avant tout se dire qu'il y a de grandes chances que ce soit la façon classique d'aborder le rapport adulte-enfant qui est la source du problème.

en coaching, cela s'appelle un recadrage. Une autre façon de voir la réalité que l'on a depuis toujours sous les yeux. Dans les mots du professeur Gordon, le recadrage de la croyance qui voudrait que (seule) la discipline serait bénéfique est amené comme ceci:

"Au cours de mes recherches sur la discipline, j'ai constaté qu'en société, nous employons des stratégies inefficaces pour réduire les comportements autodestructeurs et inacceptables des jeunes: alcoolisme, tabagisme, toxicomanie, délinquance, abandon es études, conduite en état d'ébriété, vandalisme et autres formes de violence, grossesses précoces, viol, suicide. La fréquence croissante de ces comportements pourtant sans nul doute que nos méthodes disciplinaires traditionnelles (...) sont inefficaces. En fait, elles pourraient bien être davantage la cause de ces comportements que leur remède."

il explique ensuite que les méthodes que préfèrent les représentants de l'autorité (parents, police, tribunaux, écoles, ...) visent à faire faire quelque chose à l'enfant: éduquer en montrant les dangers, punitions dont la sévérité augmente et autres stratégies. Il propose alors un recadrage complet en prônant un changement de stratégie: "aider les adultes qui vivent ou travaillent avec les enfants à apprendre une nouvelle façon de diriger leur famille, leurs écoles et les organismes pour la jeunesse. Cette stratégie exigera d'eux une attitude moins autoritaire, moins permissive et plus démocratique".

en relisant ces mots quatre ans après leur découverte, ils me charment toujours autant. Ou peut-être plus encore. J'ai depuis pu vivre au quotidien la difficulté de me départir de réflexes bien ancrés, transmis par des parents et d'autres figures d'autorité certes bien intentionnées mais appliquant une philosophie basée sur la discipline plutôt que sur l'autonomie. Je me suis appliquée à apprendre "une nouvelle façon de diriger ma famille", en faisant confiance aux capacités de mes enfants et aux nôtres pour leur fixer les bonnes limites tout en leur permettant de jouir de l'autonomie adaptée à leur âge.

c'est en effet dans le lien avec l'autonomie de l'enfant que cette méthode prend pour moi tout son sens. Cela rejoint une de mes croyances fondamentales au sujet de l'être humain, que je retrouve également dans la pratique du coaching. J'ai foi en l'autonomie de chacun, de l'enfant à l'adulte. Et j'ai conscience du fait que le plein accomplissement de cette autonomie requiert un certain nombre de conditions qui ne sont pas en place pour chacun à chaque moment de sa vie. J'y travaille en tant que coach avec des adultes et avec mes enfants en tant que maman. Cela a vraiment du sens dans ma vie car je peux ainsi connecter mes "efforts" professionnels et familiaux.

comprendre la discipline

le Professeur américain consacre ensuite la première partie de son livre (jusqu'à la page 118) à ce qu'il appelle "comprendre la discipline":

  • il y a différents types de discipline et d'autorité
  • la méthode traditionnelle fait appel aux récompenses et aux punitions
  • pourquoi les récompenses sont inefficaces
  • pourquoi les punitions sont inefficaces
  • la véritable réaction des enfants face au contrôle

je vous livre un extrait d'une partie particulièrement intéressante concernant les compliments lorsque ceux-ci ne correspondent pas au jugement de l'enfant (exemple du dessin "gribouillé" que l'adulte complimente en disant "c'est très joli") - je suis à la page 67:

"Lorsque le compliment apparaît 'simplement faux' aux yeux de l'enfant, il y a des risques pour que celui-ci se mette à douter de l'intégrité de l'adulte. (...) Lorsqu'un compliment ne concorde pas avec la perception de l'enfant, celui-ci aura l'impression que l'adulte nie ses sentiments et ne le comprend pas. (...) Lorsque les enfants pensent que leurs parents ou leurs professeurs ne comprennent pas vraiment la profondeur de leur malaise, ils se découragent et n'expriment plus rien. Les adultes qui prodiguent beaucoup de compliments manquent ainsi d'innombrables occasions d'aider les enfants."

une lecture non-violente

pour cette découverte de la vision de Thomas Gordon, cee que je vous invite à faire, c'est lire sans juger, c'est observer ce qui se passe lorsque vous découvrez que quelqu'un parvient, de façon sereine, posée et scientifiquement construite, à remettre en cause des choses auxquelles vous croyiez peut-être dur comme fer. Ou, au contraire, de ressentir ce qui se passe en vous si vous découvrez dans ce livre une confirmation de quelque chose que vous avez toujours ressenti en vous mais n'avez jamais vraiment réussi à mettre en mots ou en actes. C'est vraiment une lecture non-violente que je vous propose, une découverte, une exploration (voyez à ce sujet la story sur la Communication NonViolente en cliquant ici).

vous en viendrez alors à la deuxième partie du livre avec l'envie de découvrir les solutions proposées par Thomas Gordon, peu importe que vous ressentiez l'envie ou le besoin de les appliquer. Vous découvrirez en tout cas que vous avez un choix très large face aux différentes parties d'un quotidien au contact d'un ou de plusieurs enfants. Et que les solutions proposées sont des compléments naturels de la communication non-violente avec l'enfant.

des techniques universelles

une première question à se poser est de savoir si le comportement que vous constatez:

  • pose problème à l'enfant
  • ne pose un problème ni à l'enfant ni à l'adulte
  • pose un problème à l'adulte

les deux premiers points sont classés comme étant des comportements acceptables, le dernier est celui que l'adulte qualifiera de non acceptable. La fenêtre d'acceptation permet donc de "classer" chaque comportement en se demandant à qui appartient le problème. Cet exercice de classement amène inévitablement à prendre de la distance et à se donner le temps de gérer ses émotions de manière adéquate. La méthode du professeur Gordon permet, au-delà de cette prise de conscience, de mettre en place des procédés non punitifs pour modifier les comportements qui posent problème à l'adulte et des méthodes destinées à aider les enfants à résoudre leurs propres problèmes.

l'utilisation du message 'je' est une technique-clé que Thomas Gordon décrit dans plusieurs dimensions (le message 'je' de confrontation et de prévention et la façon dont ce type de messages changent celui qui l'émet). Dans les deux cas, l'autonomie de chacun dans la relation s'en trouve renforcée car l'on s'écarte des inévitables luttes de pouvoir inhérentes à une certaine conception de la discipline imposée par l'adulte à l'enfant.

une leçon capitale pour moi, que je me rappelle souvent quand je me sens "coincée" dans une situation qui pose problème, a été d'apprendre à exclure le rapport de force. A nouveau, cela rejoint et concrétise en même temps ce que nous enseigne la communication non-violente. Quand je suis en conflit avec mon enfant, quel besoin est-ce que j'essaie de satisfaire? Si c'est un simple besoin de pouvoir ("tu mets ton manteau parce que c'est comme ça", "tu vas faire la sieste parce que je l'ai dit", "tu manges tout ce qu'il y a dans ton assiette parce que c'est la règle"), je ne peux m'en sortir qu'en faisant marche arrière. Et il n'y a pas de honte à cela. Je peux, facilement ou pas, trouver une alternative et en tout cas une façon d'aborder le problème qui amènera à une issue plus satisfaisante et à plus long terme. Isabelle Filliozat donne de nombreux exemples de comportements que l'on peut facilement modifier dans son livre "J'ai tout essayé" - j'y reviendrai dans une prochaine story.

le changement passe par l'essai, l'erreur et la persévérance

les méthodes décrites par le professeur Gordon sont variées et adaptables. Elles représentent un véritable voyage au pays de l'intelligence émotionnelle, voisin du pays des solutions bénéfiques où la principale loi régissant l'emploi des langues est celle de l'écoute active. Se dire que l'on peut croire à cette façon d'aborder la vie ouvre une perspective fantastique. Encore plus si l'on se donne le droit d'échouer, le droit de ne pas être parfaits, le droit de faire parfois un autre choix. On rejoint ainsi un autre livre dont je vous parlerai un jour également: "Il n'y a pas de parent parfait" d'Isabelle Filliozat à nouveau - j'assume, elle résume une très grande partie de ma philosophie de vie (en tant que maman et au-delà).

ce qui soutient cette philosophie, ce qui me permet de donner vie à ma foi en la force de la méthode Gordon décrite dans "Eduquer sans punir" c'est mon mantra de maman épanouie: ne sois pas trop sévère envers toi-même, continue à te former pour progresser où et quand tu le peux et donne-toi une chance de changer la vie en famille et en société en essayant une autre approche qui, par définition, ne peut être faite que d'essais et d'erreurs. C'est réellement comme ça que je suis parvenue jusqu'à présent à donner vie à ces belles lectures et à mettre de grandes doses de bonheur dans la mienne.

j'espère vraiment que vous irez (re)découvrir ce qui deviendra peut-être un compagnon de route inoubliable. Cela se lit en une traite, et vous arriverez ainsi également à la suite de la deuxième partie du livre qui se poursuit comme ceci:

  • en décrivant de nouvelles façons de gouverner les familles et les classes, avec notamment la résolution de conflit sans perdant
  • en expliquant comment aider les enfants à résoudre eux-mêmes leurs problèmes: un cadeau fantastique à leur faire, dès le plus jeune âge; c'est quelque chose qui leur permettra de développer différents types d'intelligence et qui ancrera en eux des ressources qui seront utiles tout au long de leur vie; c'est également une source d'inspiration en tant qu'adulte, pour se rappeler que dans la plupart des situations, on a le choix de la subir ou de proposer une solution;
  • en revenant sur la façon d'utiliser l'écoute active
  • en rappelant neuf mythes qui nous empêchent de changer (tels que la crainte de gâter les enfants ou que la permissivité serait la cause de tous les maux)
  • en concluant que les relations démocratiques sont sources de santé et de bien-être: moins de stress, moins de maladies, une libération face à la peur, un plus grand sens des responsabilités et un sentiment accru de maîtriser son destin, moins de comportements autodestructeurs ou encore de meilleures aptitudes sociales: n'est-ce pas ce que nous souhaitons tous à nos enfants?

bonne lecture, et revenez me dire ce que vous en avez pensé!

charline desmecht



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